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Notre Devoir de Souvenir : Paul Ahyi

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Un grand nom de l’Art au Togo

Par Helly GBENE et Samir ABI

Paul AHYI

Coup de projecteur sur le célèbre artiste, sculpteur et peintre togolais nommé, Paul Ahyi. Ce voyage dans le temps nous amène à parler de la biographie de ce grand artiste, de ses œuvres à travers le monde et de son héritage aux générations présentes d’artistes plasticiens au Togo. Ce feed-back biographique sur Paul Ahyi vise surtout à combler le vide d’informations des Togolais par rapport à l’art plastique, un outil pourtant important pour valoriser notre culture et nos valeurs citoyennes.

La biographie d’un grand homme

Paul Ahyi est né dans la ville d’Abomey, située dans l’actuel République du Bénin, le 15 janvier 1930, à la suite de l’installation de son père dans cette région dans les années 1920. Abomey, était autrefois connu comme la Capitale du Royaume du Dahomey, avec ces célèbres femmes guerrières appelées Amazones. Le père de Paul Ahyi épousa une princesse de la cour royale d’Abomey, fille d’une Amazone, qui aura la charge de l’éducation de son enfant. En 1949, Paul Ahyi est envoyé à Dakar, capitale alors de l’Afrique Occidentale Française, pour y poursuivre ses études. A la fin de celles-ci en 1952, il reçoit une bourse pour continuer sa formation à l’Ecole des Beaux Arts de Lyon. Il finit ses études en 1959 à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris d’où il sort nanti d’un diplôme et de la médaille du premier prix en peinture.

Il regagne le Togo, son pays, où il commence un métier d’enseignant en Art au Collège technique de Sokodé. Ce métier d’enseignant le conduira successivement du Collège Technique de Sokodé, au Lycée Bonnecarrère et au Lycée de Tokoin à Lomé puis à l’Ecole Africaine des Métiers d’Architecture et d’Urbanisme (EAMAU) également à Lomé. De nombreux étudiants togolais et de différents pays africains ont pu bénéficier de ses enseignements. A travers son travail de création dans son atelier artistique à Lomé, il a su propager au sein de la jeunesse, la passion de l’art, jusqu’à sa mort le 4 janvier 2010, peu avant ses 80 ans.

Paul_ahyi en atelier

Les œuvres immortelles de Paul Ahyi

Le premier chef d’œuvre qui fit connaitre Paul Ahyi à la nation togolaise est la conception du drapeau togolais. A la suite d’un concours lancé, peu avant la proclamation de l’indépendance en 1960, par une commission consultative mise sur pied par le Gouvernement de Sylvanus Olympio et présidé par le Dr Rudolph Comlan Trenou, la proposition de drapeau dessinée par Paul Ahyi et Jean Johnson a été retenue pour servir d’emblème national.

drapeau togolais

Loin de s’arrêter à ce premier chef d’œuvre, Paul Ahyi marqua définitivement son empreinte dans l’histoire du Togo indépendant, par sa contribution à la construction du monument de l’indépendance, réalisé en collaboration avec Georges Coustère, François Coustère et Monsila Djato.  Dans une interview donnée à des journalistes, Paul Ahyi donne la description suivante dudit monument :

« Le monument se présente comme suit : pour la forme, nous avons privilégié un élément porteur qui est comme un pont. Dans le vide du milieu, l’on y voit un homme qui se déchaîne, qui se libère. Et cet homme représente le peuple togolais. Sur les ailes en béton, de part et d’autre il y a des trous qui devraient recevoir des dalles de verre, donc des vitraux pour donner à ces masses de béton le jour comme la nuit une certaine joliesse, beauté. Devant cette masse de béton, il y a une structure en ronde bosse, représentant une femme qui, dans un geste d’élévation tient dans un vase la flamme de l’indépendance. Cette flamme n’est allumée que la veille des événements essentiels. On peut se demander pourquoi une femme ? La femme est source de fécondité. On souhaite que toutes les actions futures menées par le peuple togolais soient positives, fécondes. Sa nature de femme incarne la liberté qui doit engendrer des actions positives.[1]»

monument de l'indépendance

Les succès de Paul Ahyi ne connaitront plus de limite. Il va multiplier la réalisation de sculptures, de peintures et de divers œuvres culturelles au Togo, dans divers pays d’Afrique et à travers le monde. On lui doit au Togo entre autres, la façade sculptée du Palais des Congrès, de l’hôtel Sarakawa, de la Banque Togolaise du Commerce et de l’Industrie (BTCI), de l’immeuble Goyi Score, à côté de l’hôtel Palm Beach, le monument de l’amitié Germano Togolaise à Baguida, le monument de Togoville, le monument du Carrefour Kpegui à Dapaong, les vitraux de l’église St Antoine de Padoue à Ahanoukopé, ceux du temple protestant de Kodjoviakopé et beaucoup d’autres œuvres culturelles dont la dernière se trouve à l’hôtel EDA OBA à Lomé. Touche à tout, il s’est exprimé, dans ses œuvres visibles au Togo, à travers différentes techniques d’arts plastiques : de la sculpture à la peinture, en passant par l’animation des bâtiments et la création de monuments. Il a aussi réalisé des timbres- poste, des motifs de tissus imprimés, des affiches et des coupes sportives.

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A travers l’Afrique, ses œuvres se retrouvent au Bénin, avec la mosaïque culturelle du centre IDEE à Ouidah, les vitraux des couvents des religieuses de Tofo et des moines de kokoubou ; au Burkina Faso, avec les grandes céramiques décoratives de la BCEAO,  en Côte d’ivoire, avec la grande sculpture de marbre du siège du Conseil de l’Entente dénommée « La légende de la Terre et du Ciel», au Sénégal, avec la sculpture dénommée « Les Forces Fécondes ». On lui doit également de grandes sculptures d’Acajou au Nigéria, au Vatican, aux Nations Unies et une grande sculpture rehaussée de céramique à Séoul en Corée du Sud dénommée « Présence Africaine ». Ses œuvres picturales et sculpturales sont éparpillées en Allemagne, au Canada, en Chine, en Espagne, en France, en Italie, au Japon, en Libye, dans l’Ex URSS, l’Ex Yougoslavie[2], etc. Sa passion de l’art lui a ainsi valu une reconnaissance dans son pays, le Togo et à l’international.

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En 1965, sous le Gouvernement de Nicolas Grunitzky, Paul Ahyi reçoit le premier prix de sculpture du Togo, puis en 1970, il est fait Officier de l’Ordre du Mono par le Général Gnassingbé Eyadema. Il reçoit en 1985, le titre d’Officier des Arts et Lettres, Commandeur des Palmes Académiques Françaises. Et, peu avant sa mort,  il est consacré en 2009 « Artiste de l’UNESCO pour la Paix ». Paul Ahyi a enfin marqué l’histoire de l’art par ses innovations en matière de Pyrogravure (« ZOTA[3] ») et la publication d’études sur l’Art Africain. Il faut également citer à son actif la publication de poèmes patriotiques rassemblés dans les recueils : « Me voici devant toi avec ma différence » et « Togo, mon cœur saigne ».

couv-moncoeursaigne Paul AHYI

Symbolisme des œuvres de Paul Ahyi[4]

Dès ses premières œuvres, Paul Ahyi s’est attaché à représenter, avec constance et avec cœur, le rôle fondamental de la femme africaine en tant que gardienne de la culture. Aussi bien dans ses œuvres en bois, en fer, en bronze, que dans ses poèmes, Paul Ahyi a célébré la femme africaine en tant que mère nègre et mère de l’humanité. La mère africaine qui enfante la vie et la culture. Elle, qui rassure ses enfants pris sous la mitraille, elle, qui porte les défunts jusqu’au tombeau et tente une dernière fois de les retenir, de leur redonner du souffle. La femme africaine au travail, qui s’épanouit sur tant de céramiques murales, réalisées par l’artiste.

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Mais toutes les femmes dans les œuvres de Paul Ahyi ne sont pas, loin s’en faut, des « maters dolorosa » tragiques ou des paysannes aux champs, des commerçantes en route pour le marché. Elles sont aussi insouciance, joie et beauté. La femme, dans la fleur de la jeunesse, est honorée dans nombre de ses œuvres. Les pastels en particulier, dont la technique subtile et diaphane se prête à merveille pour exprimer la légèreté et la séduction, les œillades enjôleuses des jeunes africaines aux corps pleins, drapés dans des pagnes multicolores, la tête ceinte de turbans vertigineux. Paul Ahyi a travaillé à faire ressortir la beauté des coiffures traditionnelles africaines en les recensant et en les dessinant avec précision pour les compiler dans un livre en deux tomes paru aux Editions Sao IFE.

Paul Ahyi était un grand humaniste. Il a su orienter l’art en considération de toute la souffrance des hommes. Artiste engagé toute sa vie durant, il a traqué à travers son œuvre l’injustice sous toutes ses formes. Aucun sujet ne lui a échappé. Il s’est attaché à mettre son talent de virtuose au service de ce qui pour lui était le droit, le juste, contre toute censure. Un des aspects les plus marquants de l’art de Paul Ahyi fut le muralisme engagé à l’égal des grands artistes des démocraties populaires. Il faut noter que l’artiste a été profondément influencé par son enfance et son éducation à la cour d’Abomey et par la richesse des œuvres d’art, souvent monumentales, visibles à cette cour, qui se caractérisaient par la puissance de leurs volumes et la floraison de couleurs.

Les dernières années de sa vie, les thèmes de l’amour sont revenus en force dans son travail, et nombre de ses magnifiques « ZOTA » ou de ses surprenants monotypes africains, sa dernière innovation, témoignent de la vigueur de la flamme de l’artiste pour une passion toujours renouvelée.

L’héritage de l’artiste

Centre artistitique Paul AHYI

Avant sa mort, Paul Ahyi a initié et financé la création à Cacaveli, un quartier de Lomé, d’un espace culturel, qui fut inauguré en 2011. L’espace comprend un musée et un centre destiné à accueillir des artistes africains et étrangers souhaitant se familiariser avec les techniques développées par l’artiste. Et ils sont nombreux les professionnels de l’art au Togo, à s’inspirer de l’œuvre de Paul Ahyi et à défendre son héritage. La preuve en est la manifestation organisée par le Syndicat National des Artistes du Togo (SYNATO), le samedi 20 janvier 2018, devant les fresques murales de Paul Ahyi à l’immeuble Goyi Score à Lomé. Ces artistes, qui se revendiquaient héritiers de Paul Ahyi, voulaient protester contre les installations commerciales qui entravaient la visibilité et l’accessibilité auxdites fresques[5].

fresque murale de Goyi score Paul Ahyi

Le Togo peut se louer de compter de nombreux artistes plasticiens qui ont pris la relève de Paul Ahyi. Parmi ceux-ci on peut citer des noms connus internationalement comme Sokey Edorh, Jimmy Hope, Kossi Assou, Claudio Kunakey, Pierre Aguede alias Mosiz, Emmanuel Sogbadji, Eric Wonanu, Maurice Kokou Tongnevi, Emmanuel Komlan Kavi, etc. Bien que reconnu à l’échelle internationale, l’art togolais souffre de beaucoup de préjugés qui empêchent sa valorisation au niveau local. Les artistes bénéficient souvent d’un apriori négatif au sein de la population qui dénigre leur mode de vie et leur tendance libérale contraire aux préceptes religieux. En outre, le peu de marché disponible au Togo pour les œuvres artistiques, l’absence de subventions publiques conséquentes, le nombre infime de riches mécènes privés engagés dans la promotion artistique et la faiblesse des commandes de l’Etat aux artistes togolais poussent ces derniers à s’expatrier de plus en plus au risque de ne pas vivre de leur talent. Ils s’en vont enrichir l’art d’autres pays où ils sont mieux rétribués, accueillis avec dignité en reconnaissance de leurs chefs d’œuvre et dont ils finissent par prendre la nationalité. Une éducation des citoyens togolais reste à faire pour changer durablement leur regard sur l’art et ses bienfaits.

[1] http://togozine.com/le-monument-du-flambeau-de-lindependance-au-tog/ consulté le 23 août 2018 à 14h40.

[2] Voir quelques photos de ses œuvres à travers le monde sur le site : http://www.paul-ahyi.com/

[3] Le terme « ZOTA » qui vient de « ZO », le feu, et de « TA », dessiner, signifie dessiner avec le feu.

[4] http://www.paul-ahyi.com/

[5] https://nouvelleafrique.info/2018/01/togo-les-fresques-de-paul-ahyi-a-la-place-goyi-score-desormais-sous-la-bonne-protection-du-synato/, consulté le 23 août 2018 à 16.09

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