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Durban COP 17

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A la croisée des chemins

Par Samir ABI

COP 17

Le Bangladesh vient d’abriter le second forum sur la vulnérabilité climatique. Dernier grand évènement avant Durban, ce forum marque la volonté de 18 États, considérés comme les plus vulnérables au changement climatique, de peser de leur mieux à la 17e conférence des parties (COP 17) de la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCCC). Bien moins médiatisé que le COP 15 à Copenhague, le COP 17 à Durban se tient dans l’ombre de la prochaine grande conférence mondiale de Rio (Rio+20) prévue à la mi-juin 2012.

Une des grandes leçons de Copenhague en 2009 a été sans nul doute de nous mettre en garde contre le trop d’espoir mis dans les méga-grands sommets onusiens. Les montagnes n’accouchent souvent que de souris et le scepticisme y prend le pas sur l’espoir. La multiplication des conférences multilatérales et l’implication de la société civile tendent à faire croire à une réelle implication citoyenne dans les négociations. Mais tel n’est souvent pas le cas. Les villageois de Nion, à 385 km de Bamako, entendaient parler pour la première fois des négociations sur le changement climatique il y a à peine un mois, lors du Forum des peuples contre le G20, tenu dans leur région. Et pourtant leur réaction devait être prise en compte, eux, les premières victimes de ce changement climatique qui, non seulement voient le fleuve Niger se rétrécir, la sécheresse avancer et leur terre accaparée pour le développement d’agro-carburant et, prochainement, la séquestration de carbone. Aucun d’entre eux n’a les moyens de se payer le voyage à Durban et ne sera donc entendu. Les COP restent des sommets entre élites intellectuelles et nanties, liées par des intérêts financiers, profits pour les uns et subsides pour les autres. Les voix dissonantes de quelques pays pauvres, telle la Bolivie, ou des réseaux sociaux sur la justice climatique, n’y changent souvent rien.

Très peu de chefs d’État et de gouvernements seront à Durban. La plupart se réserve pour le sommet de Rio + 20 qui sera une rencontre plus politique et médiatique avec beaucoup de discours et peu d’actes concrets. La plus grande mobilisation politique attendue pour Durban sera, au niveau africain vu le poids sur le continent du pays hôte, l’Afrique du Sud. Il faut toutefois noter que depuis 2008 les négociations sur le changement climatique ont pris de l’importance au sein de l’Union Africaine. En effet, après le business SIDA, puis la course aux OMD, le business climatique a gagné en intérêt dans les palais présidentiels et les cours ministérielles africaines. Ce regain d’intérêt est dû à l’appât que représentent les fonds verts qui se sont multipliés ces dernières années comme des sauterelles et qui tendent même à prendre la place de l’aide publique au développement. Pourtant, la menace du changement climatique n’est plus à l’ordre des prévisions en Afrique. Chaque année, intempéries et catastrophes naturelles se multiplient sur le continent africain avec destructions d’infrastructures, déplacements forcés et épidémies. L’avancée de la sécheresse et la déréglementation climatique ont des conséquences notables sur la production agricole et l’élevage dans des pays où la famine n’est jamais loin. L’érosion côtière et ses victimes sont laissées, quant à elles, dans l’oubli. Ces évènements nécessitent certes des mesures d’adaptation urgentes et des fonds. Mais si les objectifs de réduction de gaz à effet de serre ne sont pas tenus afin de maintenir l’augmentation de la température à moins de 2° Celsius, l’avenir de toute la presqu’île africaine reste bien sombre et aucune somme d’argent ou d’aide ne pourra sauver les populations africaines des catastrophes climatiques futures. La question des engagements de réduction de gaz à effet de serre, et globalement l’avenir du protocole de Kyoto, marquera donc de nouveau le sort des négociations de Durban tout comme à Copenhague.

Les négociations du COP 15 à Copenhague et leur échec restent inoubliables pour de nombreux militant-e-s. Au-delà des défaillances de la gouvernance mondiale sur le climat, cet échec est dû, en partie, à l’épine que représentait le protocole de Kyoto et ses engagements de réduction de gaz à effet de serre pour les pays dits développés. Pour la petite histoire, au début du processus des négociations onusiennes voici 20 ans, il y a le Sommet de la terre et la convention climat de Rio. Dans cette convention les pays développés ont reconnu leur responsabilité historique dans le changement climatique par leurs émissions de gaz à effet de serre depuis le 18e siècle. Ces pays se sont engagés de même à réduire leurs émissions futures afin de freiner l’augmentation de la température mondiale. Puis vient le fameux Protocole de Kyoto en 1997 qui quantifie les engagements de réduction pour 38 pays industrialisés, avec pour objectif une baisse entre la période 2008 et 2012 de 5,2% de leur émission de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau d’émission en 1992. Ainsi, pour respecter le protocole de Kyoto, les USA devaient s’engager à réduire leurs émissions de 7%, le Canada et le Japon de 6% et l’Union européenne de 8%. Des mécanismes sont créés pour faciliter ces objectifs de réduction avec, entre autres, la mise sur pied d’un marché d’échange de permis d’émission obtenu par l’amélioration des systèmes de production les plus polluants , les investissements visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour bénéficier des crédits d’émission (lutte contre la déforestation, stockage du carbone…) et enfin, les investissements dans les pays en développement pour la création de moyens de production « propres ».

Les premiers à bloquer sur le Protocole de Kyoto sont les États-Unis dont le sénat rejeta à l’unanimité la ratification en 1997. Et depuis, bien d’autres pays industrialisés vont rejoindre les USA dénonçant un protocole injuste faisant la part belle aux pays émergents, en particulier la Chine et l’Inde. En effet, l’état du monde en 1992 est bien différent de l’état du monde à l’approche de 2012. Le contexte est marqué par la recomposition économique du monde et la puissance croissante des pays émergents BASIC (Brésil, Afrique du Sud, Inde et Chine). Il a été admis en 1992 que ces pays, actuellement dits émergents et toujours considérés en développements par opposition aux pays dits développés, n’ont pas la même responsabilité historique face au changement climatique. Leur croissance forte de ces 30 dernières années, bien que polluante, ne justifie donc pas des engagements de réduction d’émission de gaz à effet de serre car, à leurs yeux, ils compensent leur retard en terme de développement. La Chine, second grand pollueur mondial après les États-Unis, va ainsi, lors des différentes négociations onusiennes sur le changement climatique, assumer le leadership des pays du Sud (le G77) qui réclament leur droit au développement. Copenhague va toutefois faire tomber le masque chinois suite à l’accord signé entre la Chine et les USA au terme du sommet qui revient sur la notion d’engagement et fait place au concept de « promesse » de réduction. L’intransigeance africaine pour le respect des engagements de réduction du Protocole de Kyoto et la fronde latino-américaine avec la demande de réparation de la dette climatique, vont en prendre un coup sérieux et beaucoup de pays en développement vont garder une dent contre la trahison chinoise. Pourtant Cancun, un an après, va sceller la notion de « promesse » de réduction en lieu et place d’ « engagement », plus contraignant, de réduction fragilisant un peu plus le Protocole de Kyoto. Le Cop 17 à Durban aura la lourde responsabilité de définir l’avenir ou la mort du Protocole de Kyoto à la fin de la première période d’engagement de réduction en 2012.

Durban ne saurait faire, également, l’économie du débat sur notre mode de développement à une période où les crises annonciatrices de fin du système capitaliste se multiplient. À la nécessité de sauver la planète, quels qu’en soient les sacrifices, s’oppose la volonté des transnationales et de leurs alliés politiques du toujours plus de croissance et plus de richesses. La crise financière actuelle sera donc un boulet qui pèsera sur les négociations à Durban. Comment jouer sur une relance de l’économie en évitant toute augmentation de CO2 et le péril climatique craint par tou-te-s ? Au nom du droit au développement des pays du Sud, doit-on laisser les pays émergents poursuivre une croissance à fort taux de pollution carbone pour maintenir la croissance mondiale ? Peut-on réellement réduire les émissions de gaz à effet de serre et freiner le changement climatique par un mécanisme de marché financier du carbone où la spéculation, à l’origine de la crise financière actuelle, peut intervenir à tout moment ? L’orientation des négociations actuelles sur le changement climatique, dominées essentiellement par les pays riches et l’intérêt de leurs transnationales, ne laisse aucun doute sur les solutions qui seront mises sur la table à Durban. Depuis la relance des négociations à Cancun, le péril climatique a laissé plus que jamais la place au business climatique. Les négociations intermédiaires de cette année à Bangkok, Bonn puis dernièrement au Panama ont, dans la droite ligne de Cancun, préservé la prédominance de l’économique sur le sort de l’humanité. Les travaux du comité transitoire de mise en place du fonds vert de 100 milliards de dollars, décidé à Cancun, ont abouti à des propositions contestées sur le financement de l’adaptation aux conséquences du changement climatique au Sud et en particulier en Afrique.

Jusqu’à maintenant, l’Afrique du Sud est l’un des rares pays africains à avoir pu capter quelques fonds verts qui s’orientent plus vers le financement de projets plus rentables d’atténuation du changement climatique par des moyens de production propres. En outre, la mise sous gestion du fonds vert créé à Cancun par la Banque mondiale annonce des lendemains difficiles pour les pays du Sud dont l’histoire, ces dernières années, est faite de souffrances dues aux diktats des institutions économiques internationales. La vision de la Banque mondiale sur le climat est bien connue. Pour cette dernière, le climat est un facteur important pour le renouvellement de l’économie mondiale en crise. Le rêve d’un nouveau marché vert (Green New Deal) fait son chemin. Et pourtant, la Banque mondiale n’hésite pas à financer des projets dangereux pour le climat comme les projets d’exploitation de mines de charbon en Afrique du Sud. Un de ces derniers projets en date est le financement de la première centrale nucléaire au Bangladesh, d’un coût de 2 milliards, qui sera construite par les Russes dans le pays le plus pauvre d’Asie du Sud et surtout un pays très fortement exposé à des catastrophes naturelles. Fukushima semble déjà loin des yeux et des cœurs.

De Fukushima aux récentes inondations en Thaïlande, en passant par la sécheresse au printemps en France, les inondations répétées en Afrique et le novembre assez doux au Canada, la nature se rappelle toujours à nous par ses états d’âme. La « Terre-Mère » crie mais on ne semble pas l’écouter. À Copenhague en 2009, le président vénézuélien disait : « Si le climat était une banque, on l’aurait déjà sauvé ». En attendant le référendum planétaire proposé à Cochabamba en avril 2010 pour une consultation mondiale des peuples sur les solutions face au changement climatique, l’humanité reste à la merci des négociations onusiennes et des limites de la diplomatie climatique. Mais, malheureusement, le rythme du changement climatique n’est pas le rythme des négociations onusiennes.

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