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SCAPE / DSRP II au Togo

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Un rêve de croissance accélérée et inclusive

Par Samir ABI

SCAPE 2

Dans le dernier fleuron des hôtels togolais se terminait hier l’atelier de validation du deuxième document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP II) du gouvernement togolais. Tout le gratin des autorités publiques et administratives avait été réuni pour l’occasion, et pour cause, ce document déterminera l’avenir de tout le pays pour la période 2013-2017. Exigence des bailleurs de fonds, notamment de la Banque Mondiale, le DSRP est un des avatars prônés par les institutions financières internationales ces dernières années afin de revaloriser leur image ternie par les plans d’ajustement structurel. En effet, au début des années 2000, la Banque mondiale et le FMI se rendent comptent que la priorité devait être la lutte contre la pauvreté en phase avec le Millenium Challenge pour l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Les institutions lancent alors la grande messe des Documents Stratégiques de Réduction de la Pauvreté dans le cadre de l’initiative Pays Pauvre Très Endetté (PPTE). Inutile de rappeler que cette initiative fera l’affaire de nombreux consultants souvent anciens fonctionnaires des institutions financières régionales ou internationales (IFI), reconvertis dans le « DSRP Business ». Au bout du compte et des années plus tard, le bilan reste le même : encore plus de libéralisme et point de réduction de la pauvreté.Souscrivant à la demande des IFI dans le cadre de l’initiative PPTE, le gouvernement togolais lance la rédaction d’un premier Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté en février 2001. La situation socio-politique au Togo va freiner l’élaboration de ce premier document qui ne voit le jour qu’en avril 2009. La mise en œuvre des mesures contenues dans le document telles la libéralisation économique, les réformes fiscales, judiciaires, foncières, les privatisations des industries publiques, en somme « l’amélioration » du climat des affaires voulue par les IFI, va permettre au Togo, en décembre 2010, d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE, obtenant ainsi quelques effacements de sa dette extérieure. À la fin de ce premier cycle, fin 2011, le processus de rédaction d’un second DSRP est entamé afin de donner un cadre de référence pour la politique gouvernementale togolaise de 2013 à 2017. L’ensemble des techniciens des ministères seront rassemblés autour de consultants étrangers pour ce travail. Pour se donner bonne conscience, une certaine société civile sera également conviée dans le processus et malgré cette précaution ce document reste toujours confiné dans les milieux élitistes de l’administration, loin de 99% des Togolais. Après quelques mois de travail, le document change de nom à la demande du gouvernement et devient la « Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi (SCAPE) ». Le choix même de ce titre est révélateur, le voile est levé. La priorité majeure des prochaines politiques togolaises est la croissance. Et mieux encore, c’est le rêve d’une croissance à deux chiffres à la chinoise. Sous la pression des institutions financières et des autres bailleurs, le secteur privé sera consacré, dans le document, comme moteur de la croissance. On comprendra alors facilement les mesures qui seront prises afin de faciliter une plus grande libéralisation de l’économie pour assurer le bien-être du privé.

Mais alors, qu’en est- il de la pauvreté ?

Le débat naîtra au cours de l’atelier de validation, qui s’est terminé hier, grâce à différents acteurs de la société civile togolaise et du monde universitaire n’ayant pas pris part à l’élaboration du DSRP mais qui se sont présentés à cette ultime activité pour exprimer leurs points de vue. Les commissions puis la plénière finale verront surgir le débat de fond sur la croissance. Au regard des expériences dans de nombreux pays, les acteurs de la société civile vont interpeller les représentants du gouvernement togolais sur le fait que la croissance et la création d’emploi ne sont pas synonymes de lutte contre la pauvreté tant qu’on ne questionne pas la répartition de la richesse au niveau national. Pour évacuer les critiques, les consultants parleront alors d’une croissance inclusive prenant en compte l’augmentation, à la fois, des richesses économiques et des structures sociales.

À cela, les universitaires présents rappelleront que la question de la répartition des richesses est étroitement liée à la question de la rémunération des facteurs de production selon que l’on met plus l’accent sur le capital ou sur le travail. Pour preuve, ces dernières années, l’état togolais a eu recours à de nombreux investisseurs privés étrangers, libéralisant l’économie à tout vent, sur les conseils du FMI, afin de valoriser la croissance sans que cela n’influe sur la réduction de la pauvreté. 68% de la population togolaise vit toujours dans l’extrême pauvreté.

Le débat se poursuivra sur les contradictions relevées dans les politiques des organisations onusiennes. D’un côté, les Nations Unies font la promotion des OMD alors que de l’autre, les institutions de Bretton Woods imposent des politiques qui restreignent les marges de manœuvre de l’Etat et empêchent l’atteinte des OMD. Il est apparu au cours des débats que la question du financement de la croissance, et particulièrement le volet de l’endettement, ont été passés à la trappe du document de stratégie. Toujours dans la suite des débats, le rôle de la Banque centrale dans les états de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a également été montré du doigt. Lié à la France par des accords monétaires, le Togo, tout comme les autres pays de la zone de l’UEMOA, n’a guère de marge de manœuvre sur sa politique monétaire. Les contraintes liées à la politique de convergence commune au sein de l’Union et à la règle stricte concernant la limite d’inflation imposée par la Banque de France empêchent de lancer de vraies politiques de financement public de l’économie. Cela n’est pas sans rappeler le débat actuel au sein de l’Union européenne face à la crise de la dette. Des voix se sont élevées lors des travaux en commissions pour rappeler les 8000 milliards de Francs CFA des états de l’UEMOA qui dorment à la Banque de France, alors que ces pays sont obligés, pour leurs investissements, d’avoir recours aux marchés financiers contractant ainsi des prêts à des taux fluctuant fortement à la hausse. La passion et le déferlement des arguments lors du débat à la plénière finale n’ont malheureusement guère eu d’incidence sur le contenu du document final. Les seuls éléments nouveaux qui seront introduits grâce à l’interpellation de la société civile sont la prise en compte des transferts de fonds de la diaspora comme financement innovant pour la croissance et de la demande d’une meilleure protection des Togolais œuvrant dans le secteur informel.

Le SCAPE/ DSRP II du Togo a vu le jour.

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