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3ème conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires

Et si on en finissait avec les armes nucléaires…

Par Samir ABI

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Grande affluence au palais Hofburg à Vienne ce lundi. Près de 1000 délégué-e-s venant de 158 pays réuni-e-s autour de l’impact humanitaire des armes nucléaires. Comme signe de l’engouement que suscite cette conférence, la salle abritant la rencontre se retrouve archicomble avec plusieurs délégué-e-s de la société civile se retrouvant assis à même le sol et d’autres suivant la projection des débats hors de la salle. A l’heure où certains des pays possédant l’arme nucléaire s’opposent par groupes interposés au Moyen – orient et en Ukraine et que la sécurité internationale est plus que jamais menacée, le sujet mobilise autant les pays que les citoyens. Le forum citoyen organisé par la Campagne Internationale pour l’Abolition des Armes Nucléaires (ICAN) à la veille de la conférence a ainsi rassemblé 622 citoyens venant de 70 pays différents.

L’apartheid nucléaire

Pour beaucoup les armes nucléaires rappelle les bombardement d’ Hiroshima et de Nagasaki qui ont eu lieu il y a bientôt 70 ans. Avec le temps, le sujet semble être banale avec juste pour inquiétude la tentation qu’ont des pays considérés peu fréquentables de vouloir se doter des dites armes. Hors la course à l’armement nucléaire est plus que jamais relancée actuellement dans un monde où tout parait se jouer entre les puissance possédant l’arme nucléaire. Au cinq premières puissances détentrices de l’arme nucléaire et dictant permanemment leur volonté avec leur droit de véto au conseil de sécurité se sont ajoutés l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël qui officiellement ne déclare pas en posséder. Ces derniers États fortement engagés dans des conflits au niveau de leur région prétendent recourir à l’arme nucléaire pour dissuader leurs ennemis de toute attaque. Hors ces ennemis dans la crainte de se retrouver en faiblesse en cas de conflits s’engagent aussi dans la course à la possession de l’arme nucléaire. Ce qui ne renforce à terme que la précarité de la sécurité dans le monde face aux graves dégâts que peuvent causés un conflit nucléaire.

Pourtant en 1968 afin d’éviter une diffusion des armes nucléaires les États Unis et la Russie suivis par les autres pays permanents du conseil de sécurité avaient vite fait d’initier un traité de non prolifération (TNP) des armes nucléaires limitant la possession de ces armes. Ce traité en lui même est apparu par la suite comme injuste et inégal aux yeux des pays du Sud qui se voient obliger de subir continuellement le diktat de ceux possédant l’arme nucléaire sans pouvoir réagir. En outre les pays possesseurs de l’arme s’étaient quant à eux engagés dans le cadre de ce traité à aboutir rapidement au désarmement nucléaire. Mais force est de constater quarante après qu’il existe encore près de 16000 ogives nucléaires et dont le coût d’entretien annuel représente des sommes pharamineuses. Les Etats nucléaires ne cessent de les perfectionner y consacrant des centaines de milliards de dollars qui auraient pu au contraire contribuer à éliminer l’extrême pauvreté dans le monde. A titre d’exemple le budget prévisionnel 2015 de la France prévoit 3,55 milliards d’euros ( 2328 milliards de Francs CFA) de dépenses d’entretien et de modernisation de ces armes nucléaires soit l’ensemble du budget du Togo sur trois ans. La modernisation de ces armes amène à des essais nucléaires qui sont tout aussi lourds de conséquences. Ces essais sont menés aussi bien sur terre, sous terre que dans l’espace et affectent aussi bien les humains que l’environnement ce qui fait craindre le pire à la planète toute entière.

Le monde se retrouve ainsi prisonnier de l’orgueil des puissances nucléaires qui ne cessent au nom de la force dont elles disposent de semer les injustices dans divers endroits du globe. De longues analyses ont finalement permis à la société civile d’aboutir à la conclusion selon laquelle l’absence d’un traité global d’interdiction des armes nucléaires, qui pourrait mieux que le TNP garantir l’élimination totale des armes nucléaires, serait à l’origine du danger nucléaire qui plane encore sur nos têtes. Des pays avec l’appui de la société civile vont alors initier à partir de 2013 un processus de conférences sur l’impact humanitaire des armes nucléaires afin de déplacer le débat de la question de la dissuasion nucléaire à la question du danger pour l’humanité de la possession de ces armes de destruction massive.

A Vienne… Mais où était la France

La grande surprise de la conférence de Vienne a été la participation des États-Unis d’Amérique et du Royaume – Uni, qui avaient, comme les autres pays nucléaires, boycottés les premières conférences tenues à Oslo en Norvège en 2013 et à Nayarit au Mexique en février 2014. Dès les premières heures de la conférence les Etats Unis dans une déclaration ont vite fait comprendre que bien qu’étant présent et partageant le souci d’un monde dénucléarisé, ils n’en sont pas encore à accepter l’idée d’un traité multilatéral d’interdiction préférant encore les traités START et autres engagements entre puissances nucléaires pour réduire progressivement leurs armes nucléaires. Bien que cela soit juste pour leur donner une bonne image, cette décision des gouvernements américains et britanniques de participer à la conférence de Vienne a été saluée par tous les Etats présents car chose rare certains pays nucléaires considérés un peu plus modéré sur la scène internationale comme la France ont boycotté une fois de plus cette conférence.

En effet au même titre que la Russie, la Chine, la Corée du Nord et Israël, la France a brillé par son absence à cette conférence. Entre erreur stratégique et absence coupable, beaucoup d’acteurs de la société civile se sont posés des questions sur la réelle volonté de la France et de son gouvernement, pourtant de Gauche, d’aboutir au désarmement nucléaire et à un monde pacifié. « Qui veut la paix prépare la guerre » diront – ils.

L’autre point fort de la conférence de Vienne fut la participation massive des États. Au delà de toute attente le cap des 150 Etats a été dépassé démontrant largement que ce sujet est devenu une des questions qui compte dans le débat sur le nucléaire au niveau international. Après les présentations des experts invités pour l’occasion et à l’heure du débat général près d’une centaine d’États avaient annoncé vouloir faire une déclaration. Ce chiffre, comparativement au nombre de déclarations des États dans les précédentes conférences, montre à lui seul l’intensité et la détermination croissante sur la problématique de l’impact humanitaire des armes nucléaires. Les déclarations des Etats lors du débat général ont permis de percevoir plus clairement les positions des uns et des autres.

La grande majorité des pays ont exprimé leur soutien explicite au début d’un processus diplomatique d’élaboration d’un traité d’interdiction avec ou sans les États nucléaires. Ces pays non – dotés d’armes nucléaires ont toutefois compris qu’ils leur revenaient d’assumer la responsabilité d’un désarmement nucléaire au niveau mondial même sans les Etats nucléaires en se basant sur les possibilités qu’offrent le droit international et les Nations Unies. Ils sont convaincus d’arriver à créer, grâce à la mobilisation des États, un rapport de force permettant ainsi de contourner le diktat des puissances nucléaires sur le débat du désarmement nucléaire pour en arriver à un instrument international juridiquement contraignant pour tous les États. Leur argument principal est le fait que le processus ayant conduit à certains traités d’interdiction d’armes de destruction massive actuellement en vigueur l’ont été sans la présence au début des puissances du conseil de sécurité.

Pour un certain nombre de pays occidentaux (Japon et Australie compris) un processus de traité de désarmement nucléaire n’impliquant pas les Etats nucléaires n’est même pas envisageable. Ils appuient ainsi la position des États-Unis d’Amérique et d’autres pays nucléaires qui demandent de leur laisser faire le désarmement nucléaire selon leur bon vouloir car eux seuls sont à même de définir les étapes pour parvenir à l’élimination totale. Ces pays, pour la plupart membres de l’OTAN, disposent d’accords de protection avec les États-Unis ou pour certains ont des stocks d’ogives nucléaires américaines sur leur sol.

Au terme des deux jours d’intenses discussions, le gouvernement autrichien a finalement pris l’initiative d’une déclaration lançant un appel aux États volontaires de le rejoindre pour faire valoir à la prochaine conférence de revue du TNP en 2015, les conclusions des conférences sur l’impact humanitaire des armes nucléaires afin de combler le vide juridique concernant ces armes, les seules non encore interdites parmi toutes les armes de destruction massive .

L’Afrique au Rendez-vous

Les délégations africaines ont réellement marqué cette conférence. Des questions posées après les sessions d’introduction aux déclarations prononcées lors du débat général, l’Afrique a démontré qu’elle ne pouvait rester en marge de ce débat qui concerne la planète toute entière. Pas moins de 16 pays africains ont exprimé leur souhait de voir ouvrir rapidement des négociations diplomatiques sur un traité interdisant les armes nucléaires. Que se soit aussi bien les puissances africaines comme l’Afrique du Sud et l’Égypte que les petits pays comme le Congo ou le Togo, le contenu des déclarations exprimait clairement la volonté des pays africains de rééditer l’exploit réaliser ces dernières années pour l’élaboration des traités internationaux sur les bombes à sous munitions, les mines anti-personnelles, les armes chimiques et biologiques et le commerce des armes.

Forte du fait qu’elle abrite le premier pays au monde ayant volontairement démantelé son arsenal nucléaire (l’Afrique du Sud) et zone considérée exempt d’Armes Nucléaires depuis le traité de Pelindaba en 1996, l’Afrique a rappelé la nécessité qu’il y a de réaffecter les nombreux milliards consacrés à développer les armes nucléaires plutôt au développement durable et à la construction d’un monde où les droits sociaux essentiels sont garanties. L’alliance du ghetto non nucléaire constituée entre l’Afrique, l’Amérique latine, une partie de l’Asie, les îles pacifiques et les courageux pays européens pourrait-elle faire basculer la position des puissances? Réponse lors de la conférence de revue du TNP en mai 2015.

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