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Regards d’acteurs: Xénophobie

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Les Africains n’aiment pas les Africains

Par Samir ABI

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Le constat est fort écœurant. Les Africains sont bien plus terribles envers leurs frères Africains qu’avec d’autres. Certains parlent du « syndrome de l’esclavage ». Une très jolie expression pour désigner cette méchanceté manifeste des Africains contre d’autres Africains. Que dire de plus ! Face à la déferlante xénophobe qui secoue le continent du Sud au Nord. Désemparés à la lecture des messages des migrants africains qui nous parviennent d’Afrique du Sud et du Maroc. Las de la politique de l’autruche de nos dirigeants qui refusent de mener de réelles actions concrètes contre cette vague de xénophobie. L’Africain est en danger sur son propre continent. Les récents évènements en Afrique du Sud viennent encore nous le démontrer. Des boutiques pillées, leurs propriétaires tués, des familles obligées de se cacher parce qu’on a cru bon d’accuser les migrants de vendre des faux produits. Et tout cela s’est passé devant les forces de l’ordre. Devant celles-ci, on brûle à Bangui par haine religieuse, par haine tribale. Et les mêmes forces de l’ordre sont à la manœuvre en Algérie, au Maroc, en Tunisie pour pourchasser les « Noirs », migrants illégaux, le business bien connu de la sous-traitance des politiques européennes. Pour ne pas parler des visas et de la chasse aux « cartes de séjour » des étrangers « Africains » en Afrique de l’ouest ou encore des discriminations vécues par les réfugiés somalis ou sud soudanais en Afrique de l’est.  Passé l’euphorie du protocole sur la libre circulation en Afrique, le continent va mal, plus mal que jamais.

SANKOFA

Mes frères et sœurs « Africains » du Ghana, m’ont récemment, fait connaitre l’oiseau « SANKOFA ». Cette représentation, dans la culture Akan, qui nous invite à regarder vers l’arrière pour nous envoler encore plus loin vers l’avant. Une telle découverte m’a fait comprendre à quel point, nous faisons l’erreur, d’évoquer l’histoire du continent sans vraiment la connaitre. Ayant grandi au Togo, un pays voisin  du Ghana, je reste toujours dans l’ignorance de l’immensité que représente cette culture Akan voisine, car baigné depuis tout petit dans la culture française à cause des médias et l’éducation scolaire. Le drame est que nos systèmes éducatifs oublient de nous enseigner les cultures voisines et leurs richesses pour nous permettre de regarder l’autre autrement.

L’oiseau « SANKOFA » nous apprend aussi à nous rappeler ce que nous nous devons les uns aux autres en tant qu’Africain et que notre éducation scolaire actuelle ne nous enseigne pas. Il est donc de notre devoir de commencer ce chantier pour rappeler aux citoyens des différents pays africains ce qu’ils doivent aux autres. Faire comprendre que sans le courage de la Guinée de Sékou Touré, il y a 60 ans, beaucoup de pays africains seraient encore des sujets dans la communauté française de De Gaulle, des citoyens de second ordre et non des citoyens indépendants. Raconter l’apport que cette Guinée indépendante a apporté à tous les mouvements de libération en Afrique, en offrant passeport, argent, protection sécuritaire et formation à de nombreux leaders des mouvements indépendantistes d’Afrique australe à l’Afrique du nord. Je rêve enfin de voir enseigner un jour au Togo que c’est grâce aux dons financiers et à l’appui logistique de Gamal Abdel Nasser, de Kwame N’krumah, de l’Empereur Hailé Selassié et de bien d’autres pays anglophones d’Afrique, que le mouvement indépendantiste togolais a gagné lors des élections de 1958 contre la France.

Cette connaissance et cette reconnaissance de ce que nous devons aux autres peuples africains nous parait primordiale pour ne plus excuser les aberrations de certaines politiques migratoires en Afrique. Des politiques migratoires qui exemptent de visa les anciens colons et leur offrent des droits d’installation tout en refusant ces mêmes droits aux citoyens des pays africains les ayant aidés à libérer leur sol.  La terrible injustice que cela représente se doit d’être combattue par nos efforts à aider les Africains à redécouvrir cette solidarité entre peuples afin de pouvoir nous dire aujourd’hui indépendant.

La confiance, notre nouvelle quête

Il n’est pas vain de le rappeler. Les Africains doivent réapprendre à se faire confiance. C’est à ce prix que le continent pourrait se développer. Après la reconnaissance de notre dette historique envers les autres peuples, la tâche nous incombe de recréer cette confiance entre les peuples africains. Cette confiance mise à mal par la désinformation, les guerres entretenues et l’esprit de compétition du système néolibérale. Certes cette tâche reste la plus ardue quand on constate l’engouement même au niveau des dirigeants africains vers des partenariats avec la Chine, l’Inde, l’Europe ou l’Amérique plutôt qu’avec leurs voisins immédiats. Thomas Sankara, il y a 30 ans, dénonçait les Chefs d’Etat Africain qui donnaient plus d’importance aux sommets France-Afrique, Europe-Afrique, Chine-Afrique, etc. qu’aux sommets de l’Organisation de l’Unité Africaine à l’époque. Cela n’a guère changé avec le temps. Les gouvernants africains faisant plus confiance aux européens, chinois ou américains pour développer leur pays qu’à leurs propres citoyens.

Cette triste réalité doit plus que jamais nous faire reconsidérer nos priorités dans les actions de développement. La construction de valeurs, de la confiance en soi, de la confiance mutuelle entre habitants de la même cité, sont les préalables les plus importants pour enclencher une réelle dynamique de développement sur notre continent. Ce socle de confiance, nous est nécessaire pour encourager, vendre, acheter et consommer les productions de nos voisins immédiats pour enfin nous libérer du système de dépendance, décrit par le Professeur Samir Amin, dans lequel nous sommes cantonnés depuis la colonisation. Hélas, pour bien des dirigeants africains, il est plus facile de courir après les investisseurs étrangers « européens » ou « chinois », de fermer les yeux sur les vagues xénophobes contre les investisseurs étrangers « africains », que de travailler à développer la confiance et les valeurs dont ont besoin les populations du continent pour vivre ensemble et se développer mutuellement.

 

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Un commentaire

  1. Klhane dit :

    J’ai appris tellement en ces quelques lignes !Merci .

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